Présentation du Bujinkan
Texte pour le 9e Kyû
le 02 janvier 2004
Quand on parle de Ninjutsu, on voit souvent les Ninja comme des espions ou des assassins sans foi ni loi. C’est oublier que le Bujinkan transmet l’enseignement de 9 écoles anciennes de Budô japonais. Si les Ninja étaient comme le suppose notre entrée en matière, une simple bande d’assassins, quel besoin auraient-ils eu de mettre par écrit leurs techniques. As-t-on jamais vu un gangster écrire ses tactiques de combat pour voler ou assassiner ? Bien évidemment non.
Au Bujinkan, nous avons 9 écoles qui nous sont enseignées séparément au fur et à mesure de notre progression technique. Ces neuf systèmes de combats sont tous complémentaires mais ne sont pas mélangés les uns avec les autres. Si le Bujinkan représentait un système unique, il serait alors logique que tous les enseignements aient été synthétisés par un précédent Sôke. Il n’en est rien.
Maître Hatsumi est le Sôke du Bujinkan, c’est-à-dire qu’il en est l’héritier. As-t-on jamais vu d’organisation criminelle avoir des héritiers reconnus par l’empereur ou le pouvoir en place ? Non. Un Sôke a pour mission de retransmettre fidèlement ce qu’il a reçu de son professeur en l’améliorant. Le professeur de Maître Hatsumi et précédent Sôke était le défunt Takamatsu Toshitsugu. En 2004 nous avons fêté la 33° année de sa mort. Cette année est importante car il était aussi le 33° Sôke du Togakure Ryû Ninjutsu. Au Japon, on dit qu’au 33° anniversaire de la mort de quelqu’un, cette personne se réincarne. C’est pour cela que 2004 est une année charnière pour le Bujinkan.
Il y aura un avant 2004 et un après 2004 pour le Bujinkan. Le Bujinkan fut créé par Hatsumi Sensei en accord avec son professeur Takamatsu pour véhiculer l’enseignement de neuf systèmes de combat anciens. Takamatsu Sensei qui vécut en Chine pendant près de dix années au début du 20° siècle eut là-bas l’occasion de « tester » en combat réel les différentes techniques composant les Ryûha. On peut d’ailleurs penser qu’il a su les faire évoluer à la lumière de son expérience du combat réel. Sans doute a-t-il été obligé d’adapter certaines techniques devenues inefficaces dans le monde moderne.
Ayant reçu son enseignement de plusieurs professeurs, on peut considérer que le plus important fut Shinryûken Masamitsu Toda son propre grand-père. Tout jeune il apprit donc le Shinden Fudô Ryû Dakentaijutsu qu’enseignait Toda Sensei. Il en devint Menkyo Kaiden à l’âge de 13 ans ! C’est alors qu’il aborda l’étude, avec Toda Sensei, son grand-père, de plusieurs autres écoles : le Kotô Ryû Koppôjutsu et le Gyokko Ryû Kosshijutsu appartenant à la famille Toda. Ces deux écoles étaient enseignées conjointement depuis que l’un des Sôke du Gyokko Ryû du nom de Sakagami Taro Kunishige devint le premier Sôke du Kotô Ryû. Ces écoles ont d’ailleurs produit de nombreux Ninja connus comme Sandayu Momochi qui fut le 5° Sôke du Kotô Ryû et le 14° du Gyokko Ryû. Takamatsu apprit aussi les techniques du Gyokushin Ryû Ninpô. Il paraît même qu’il les enseigna au Kodôkan à Kano Sensei, fondateur du Jûdô. Enfin, il étudia aussi la fameuse école Ninja du Togakure Ryû Ninpô Taijutsu et son pendant le Kumogakure Ryû Ninpô.
Un peu plus tard, il entra au Dôjô de Mizuta Yoshitano Tadafusa pour y apprendre le Takagi Yôshin Ryû Jûtaijutsu. Il obtint le Menkyo Kaiden à l’age de 16 ans. Il partit ensuite apprendre le Kukishinden Ryû Happô Bikenjutsu avec Takakage Matsutaro Ishitani. Ishitani Sensei était aussi Sôke de trois autres écoles qui furent enseignées au jeune Takamatsu : Hontai Takagi Yôshin Ryû, Gikan Ryû et Shindô Muso Ryû. Takamatsu apprit aussi de Maître Ishitani diverses techniques de Ninjutsu.
La majeure partie de ces écoles font partie du cursus des pratiquants du Bujinkan aujourd’hui. Le nom de Bujinkan a plusieurs sens. L’un des surnoms donnés par les Chinois à Takamatsu Sensei lors de son séjour sur le continent était Wusen (dieu de la guerre) or, Wusen se dit Bujin en Japonais. Kan voulant désignant un lieu, une maison, on peut traduire le nom de Bujinkan par maison du dieu de la guerre. Mais on peut aussi y voir une filiation entre Takamatsu Sensei et son élève Hatsumi car Bujinkan peut se comprendre comme étant la maison de Takamatsu. Enfin, il faut savoir qu’un « Bujin » au Japon, désigne un homme de guerre, un guerrier ou un esprit militaire supérieur. Le Bujinkan est donc aussi le lieu où les guerriers se retrouvent.
Quand Hatsumi Sensei créa le Bujinkan dans les années 70, on peut penser qu’il ne savait pas que cela prendrait une telle dimension internationale. On peut estimer le nombre total de pratiquants se réclamant du Bujinkan dans le monde à environ 100 000. Il y a des Dôjô dans la plupart des pays du monde et pourtant le Bujinkan n’est qu’une simple association de personnes partageant une même passion. Il n’y a pas de fédération internationale, pas de responsables nationaux ou continentaux. Il n’y a que des individus, plus ou moins avancés sur le plan technique et essayant de partager avec leurs élèves leur amour du Ninjutsu. Hatsumi Sensei n’enseigne que d’homme à homme, il refuse de diriger le Bujinkan et c’est pourquoi il le laisse vivre par lui-même.
Les années passant, Hatsumi Sensei a fait évoluer son approche pédagogique. Jusque dans les années 90, le Bujinkan enseignait le Ninjutsu. C’est ce que j’appelle la période de labourage et de semailles. Hatsumi Sensei a créé à partir de rien un groupe international de pratiquants animés d’une même passion. En 1993, il décide de passer au niveau supérieur et commence l’enseignement d’armes et d’écoles ; c’est la période du Budô Taijutsu, la période de la mise en culture. Enfin, en 2003, c’est la période de la récolte, c’est le Ninpô Taijutsu.
On peut résumer cela de la façon suivante : 1973 - 1993 : 20 ans de Ninjutsu. Labourage et semailles. Bases générales du Ten Chi Jin Ryaku no Maki. 1993 - 2003 : 10 ans de Budô Taijutsu. Culture. Armes : Bô, Yari, Naginata, Biken (sabre), Jo ; puis écoles : Shinden Fudô, Kukishinden, Kotô, Gyokko, Takagi Yôshin. 2003 - ? : Ninpô Taijutsu. Récolte. Juppô Sesshô et du Daishô Jûtaijutsu.
Ces trois appellations de Ninjutsu, Budô Taijutsu et de Ninpô Taijutsu ont souvent perturbé les pratiquants et peu d’enseignants ont suivi l’évolution montrée par Hatsumi Sensei. Au Dôjô, quand nous sommes passés de Ninjutsu à Budô Taijutsu, nous avons perdu près de la moitié des élèves. Il est vrai que les gens sont plus intéressés de nos jours par l’apparence que par la réalité.
Si l’on devait donner une définition pour les termes de Budô Taijutsu ou de Ninpô Taijutsu, elle pourrait être la suivante : "notre dicipline recherche une fusion du cortps et de l’esprit pour l’abandon du paraître et la création de l’être en adaptation permanente à notre environnement".
Lors d’une discussion avec Hatsumi Sensei en 2003, il précisa ceci. Le Budô Taijutsu s’exprime par : Taihenjutsu, Dakentaijutsu, Jûtaijutsu, Koppôjutsu et Kosshijutsu. Le Ninpô Taijutsu s’exprime par le Juppô Sesshô. Ce sont deux niveaux de compréhension totalement différents. L’essence du Ninpô Taijutsu ne peut se comprendre tant que les cinq niveaux du Budô Taijutsu ne sont pas connus. J’ajouterai que le véritable travail commence avec la ceinture noire. Au Bujinkan comme partout au Japon, cette ceinture, ne précise pas un niveau technique, mais une communauté de vue entre le professeur et le pratiquant. La ceinture noire se donne quand l’élève a compris les bases du Bujinkan. C’est un acte symbolique fait par le professeur quand il reconnaît le pratiquant comme son élève. Devenir ceinture noire, c’est devenir élève. C’est après que le vrai travail commence.
Au cours des années beaucoup de pratiquants ont disparu soit par ego soit par lassitude. Le Bujinkan Ninpô Taijutsu n’est pas pour tout le monde et ne peut plaire à tout le monde. C’est un système très complet et complexe qui nous est transmis depuis plus d’une dizaine de siècles et que nous avons la chance de pouvoir découvrir aujourd’hui en ce début de 21° Siècle. Les techniques sont restées les mêmes mais sont toujours vivantes et savent s’adapter aux évolutions du combat moderne.
Le Bujinkan aujourd’hui doit encore plus compter sur ses Shidôshi et ses Shihan pour continuer son évolution. L’élève ceinture noire doit passer par une étude minimum de 15 années supplémentaires pour espérer arriver au bout. Après la ceinture noire, le véritable apprentissage suit un Sanshin de trois périodes de 5 ans.
Le premier cycle concerne la maîtrise du Ten Chi Jin Ryaku no Maki, le perfectionnement des bases. Le second cycle concerne l’apprentissage des armes et des 9 écoles. Le dernier cycle enfin permet l’acquisition du mouvement naturel. Mais c’est une pyramide et beaucoup d’aspirants Ninja n’arriveront jamais au bout.
Hatsumi Sensei dit que les 15 grades supérieurs peuvent se comparer à un cursus scolaire. Le premier cycle c’est l’école primaire (1 à 5). Le second cycle, c’est l’école secondaire (6 à 10) et le dernier cycle c’est l’Université (11 à 15). Après la fin du dernier cycle, le pratiquant est devenu autonome, le monde réel s’offre à lui, il est devenu enfin adulte dans la technique.
Les 15 niveaux de la ceinture noire, correspondent au passage à l’age adulte. Hatsumi Sensei me disait un jour, qu’au Japon féodal, tout jeune Samurai finissait son apprentissage des techniques de combat à l’age de 15 ans. A partir de cet age il devenait un vrai Samurai et était autorisé à se battre sur-le-champ de bataille et à aller à la guerre. C’est la même chose au Bujinkan. Les grades que vous portez (et qui n’ont aucune valeur dans notre pays), ne sont là que pour vous indiquer le chemin qu’il vous reste à parcourir.
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Arnaud Cousergue Menkyô Kaiden |
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